Papier recyclé : définition, fabrication et usages

Wilfrid DE CONTI 10 min de lecture

Devenu la première source de matière première de l’industrie papetière française, le papier recyclé se distingue du papier recyclable et du papier vierge. Son procédé de fabrication y est décrit, du tri des papiers de récupération au désencrage.

Cet article précise ensuite combien de fois une fibre se recycle, la qualité obtenue et son bilan écologique réel. La dernière partie traite de ses usages et de son application aux goodies, jusqu’à la production française et aux autres matières écoresponsables.

Qu’est-ce que le papier recyclé ?

Le papier recyclé est un papier constitué à partir de fibres de cellulose provenant de papiers et cartons usagés (appelés papiers de récupération). Ces fibres remplacent tout ou partie de la pâte vierge produite à partir de bois. On distingue deux origines selon le moment de la collecte.

Les fibres post-consommation proviennent de produits collectés après usage, comme les journaux, magazines et emballages des ménages. Les fibres pré-consommation viennent des chutes de production des imprimeries et des usines, avant tout passage chez un consommateur. Le taux de fibres recyclées indique la proportion de matière de récupération présente dans un papier, de quelques pour cent à 100 %.

Un papier « 100 % recyclé » ne contient aucune fibre vierge, à l’inverse d’un papier partiellement recyclé qui est un mélange des deux. Selon le rapport statistique 2022 de COPACEL, publié en 2023, les fibres de récupération constituent 78,2 % de l’approvisionnement en fibres de l’industrie papetière française, sa première matière première.

Papier recyclé, recyclable ou vierge : quelles différences ?

Le papier recyclé, le papier recyclable et le papier vierge se distinguent par l’origine de leur fibre et leur place dans le cycle de vie du papier.

Le papier vierge provient de fibres extraites du bois par procédé chimique ou mécanique. Sa fibre est longue et neuve, jamais passée par un cycle de recyclage. Le papier recyclable qualifie une aptitude, pas une composition : un papier recyclable rejoint la filière de récupération en fin de vie, qu’il soit lui-même vierge ou recyclé. Le papier recyclé est déjà constitué de fibres de récupération.

CritèrePapier viergePapier recyclablePapier recyclé
Origine de la fibreBoisIndifférentePapiers de récupération
Étape du cycle de vieProduction initialeFin de vie (aptitude)Après recyclage
Impact sur la forêtÉlevéVariableRéduit

Comment fabrique-t-on le papier recyclé ?

La fabrication du papier recyclé transforme des papiers de récupération en pâte neuve, en cinq étapes industrielles.

  1. Les papiers de récupération passent d’abord au tri par catégorie : les sortes (journaux, cartons, papiers de bureau) sont séparées et les indésirables comme le plastique, les agrafes et les métaux écartés.
  2. Le pulpage, dans de l’eau brassée, défibre la matière pour donner une pâte liquide homogène.
  3. Le désencrage sépare les encres et les colles des fibres de cellulose ; cette étape est détaillée par la suite.
  4. L’épuration et le raffinage débarrassent la pâte de ses dernières impuretés et redonnent aux fibres leur aptitude à se lier entre elles.
  5. L’égouttage, le pressage puis le séchage sur la machine à papier ramènent la pâte à l’état de feuille continue.

Une fabrication qui consomme bien moins d’eau et d’énergie qu’un lot de pâte vierge, puisqu’elle évite la grande étape de cuisson chimique et une partie du blanchiment. Le désencrage, à proprement parler, reste l’étape qui conditionne la blancheur finale du papier obtenu.

Cette frise présente les étapes de fabrication du papier recyclé : tri, pulpage, désencrage, épuration et séchage.

Fabrication du papier recyclé : tri, pulpage, désencrage, épuration et séchage

Qu’est-ce que le désencrage ?

Le désencrage est le procédé industriel qui débarrasse les fibres de papier de récupération des encres d’imprimerie pour obtenir une pâte claire, dite pâte désencrée.

Une action mécanique couplée à des agents chimiques permet de décoller les particules d’encre des fibres. La technique la plus utilisée en Europe est la flottation par mousse : des bulles d’air injectées dans la pâte s’attachent aux particules d’encre et les remontent en surface, où une raclette vient les retirer. Une deuxième technique, le lavage, emporte les fines particules d’encre avec l’eau d’égouttage.

Le rendement matière d’une ligne de désencrage se situe, selon les estimations de la filière, autour de 60 à 70 %. Le restant, encres, charges minérales et fines de cellulose, part en boues de désencrage, valorisées en cimenterie ou en compostage. Si le désencrage est inventé au XVIIIe siècle par le juriste allemand Justus Claproth, son procédé moderne, la flottation par mousse, est mis au point dans les années 1950.

Combien de fois peut-on recycler le papier ?

En moyenne, une fibre de cellulose est recyclée de cinq à sept fois avant de devenir trop courte pour la production d’un nouveau papier.

A chaque passage, la cellulose s’use lors du défibrage et du désencrage : les fibres perdent de leur longueur et de leur pouvoir liant, le papier obtenu voit sa résistance baisser. Afin de conserver la qualité de la production, une part de fibres vierges est ajoutée par les usines en proportion variable selon le grade visé.

Cette limite est variable selon le type de papier : un papier graphique fin subit moins de passages qu’un carton d’emballage épais. D’après une étude de l’Université de technologie de Graz, en Autriche, publiée en 2021, le carton plat peut être recyclé au laboratoire au moins 25 fois sans dégradation mesurable de ses propriétés mécaniques, bien au-delà de la moyenne observée dans l’industrie. Le recyclage permet de prolonger la vie de la fibre mais non de la rendre immortelle.

Ce graphique montre la dégradation de la fibre de cellulose au fil des cycles : le papier se recycle 5 à 7 fois.

Dégradation de la fibre au fil des cycles : papier recyclable 5 à 7 fois

Le papier recyclé a-t-il la même qualité que le papier vierge ?

Oui, pour les principaux usages courants (l’impression de bureau, l’édition et l’emballage), le papier recyclé atteint aujourd’hui une qualité comparable au papier vierge.

Comme la fibre de récupération est plus courte que la fibre vierge, les papiers à fort taux de recyclage tiennent un peu moins bien à la déchirure. Les papetiers le compensent par le raffinage et par l’ajout contrôlé de fibres neuves, jusqu’à obtenir les grammages et résistances qu’exige chaque usage.

Sa blancheur, longtemps en retrait, rejoint désormais celle du papier vierge grâce au désencrage et à un blanchiment sans chlore. Trois exemples le montrent : le papier de bureau recyclé passe sans réglage dans les imprimantes bureautiques, le papier journal est majoritairement recyclé, et le carton ondulé d’emballage repose principalement sur la fibre de récupération. Non blanchi, un papier recyclé garde une teinte grisâtre, recherchée pour son aspect naturel sur certains supports.

Le papier recyclé est-il vraiment écologique ?

Oui, le papier recyclé réduit nettement la pression environnementale par rapport au papier vierge, sur la consommation d’eau, d’énergie et de ressources forestières.

La fabrication d’une tonne de papier recyclé préserve du bois et diminue la pression sur les forêts, là où le papier vierge nécessite deux à trois tonnes de bois par tonne fabriquée. Le recyclage se révèle moins énergivore et plus sobre en eau, en évitant les étapes de cuisson et de blanchiment chimique de la pâte vierge. D’après Citeo, le recyclage d’une tonne de papier prévient l’émission d’environ 1,5 tonne de CO2 équivalent.

Le gain n’est pourtant pas absolu : le désencrage produit des boues à traiter, la collecte et le tri ajoutent du transport, et le papier n’est recyclable qu’un nombre limité de fois. L’analyse de cycle de vie conclut en faveur du papier recyclé lorsque la fibre de récupération est présente localement et que le papier collecté est de bonne qualité.

Quels sont les usages du papier recyclé ?

Du papier graphique à l’emballage industriel, le papier recyclé couvre six grandes familles d’usage.

  • Les papiers graphiques (ramettes d’impression et de bureau, cahiers et blocs), pour lesquels le papier recyclé se substitue directement au papier vierge.
  • L’édition et la presse (journaux, magazines et livres), qui consomment beaucoup de papier journal recyclé.
  • L’emballage (cartons ondulés, boîtes et calages), premier débouché du papier recyclé en tonnage.
  • Les papiers d’hygiène (papier toilette, essuie-tout) issus de fibres de récupération désencrées.
  • Les enveloppes et le façonnage (enveloppes, pochettes, papiers cadeaux) à fibres recyclées.
  • Les objets transformés (supports promotionnels, goodies) en papier recyclé, du carnet au sac.

Le grade dépend de l’usage : un emballage tolère une fibre plus courte et une teinte irrégulière, là où un papier d’écriture exige une blancheur et une surface régulières.

Ce schéma présente les principaux usages du papier recyclé : papiers graphiques, édition et presse, emballage, papiers d’hygiène, enveloppes et objets transformés.

Usages du papier recyclé : papiers graphiques, édition, emballage, hygiène, enveloppes, objets transformés

Pourquoi choisir le papier recyclé pour ses goodies ?

Opter pour le papier recyclé dans ses goodies permet de limiter l’impact environnemental de l’objet tout en répondant aux exigences RSE des entreprises.

Un goodie en papier recyclé, porteur d’un message cohérent avec une démarche écoresponsable, se prête au marquage par impression. Il entre dans les obligations de réduction des déchets pesant sur les entreprises. Son prix reste comparable à celui du papier vierge pour des volumes identiques.

Quels goodies peut-on fabriquer en papier recyclé ?

Les goodies en papier recyclé sont nombreux, des supports d’écriture aux emballages cadeaux.

  • Carnets et blocs-notes à couverture et pages en papier recyclé.
  • Sacs et pochettes, notamment des sacs kraft recyclé pour salons et boutiques.
  • Stylos en carton dont le corps est en papier recyclé.
  • Cartes et marque-pages en cartons recyclés pour la PLV.
  • Calendriers et agendas en papier recyclé pour l’édition d’entreprise.
  • Emballages cadeaux en papier de soie et boîtes recyclés.

Les goodies en papier recyclé sont-ils fabriqués en France ?

Oui, les goodies en papier recyclé sont fabriqués en France, portés par une industrie papetière qui recycle 81,6 % des papiers et cartons mis en marché.

La France dispose d’usines papetières intégrant des fibres de récupération et d’imprimeurs capables de façonner carnets, sacs et cartons localement. Un goodie en papier recyclé made in France combine une matière de récupération et une production nationale, deux critères qui renforcent la traçabilité de l’objet.

Quelles autres matières écoresponsables choisir ?

Le papier recyclé n’est qu’une option parmi les nombreuses matières écoresponsables dans lesquelles les goodies peuvent être fabriqués.

  • Coton biologique : pour les textiles et les tote bags.
  • Bambou : pour les objets rigides et les ustensiles.
  • Inox : pour les gourdes et les contenants réutilisables.
  • Liège : pour les accessoires et les sous-verres.
  • RPET : le plastique recyclé, pour les textiles techniques.

La nature de l’objet visé et le degré d’exigence écoresponsable déterminent le choix d’une matière écoresponsable.

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